Anima et animus
La personne à laquelle tu ne cesses de penser est peut-être, en partie, le portrait de quelqu’un qui vit en toi. Jung appelait cette figure intérieure l’anima et l’animus. Nous avons suivi la façon dont cette idée a été lue pendant un siècle, de son séminaire de 1925 aux études publiées en 2026.
Dans la psychologie analytique de Jung, l’anima (mot latin pour « âme ») et l’animus (« esprit, souffle de l’intelligence ») sont des figures intérieures placées entre ta personnalité consciente et l’inconscient. Le terme de Jung pour une telle figure était l’image de l’âme, et il décrivait les deux comme un couple, la syzygie. Il a d’abord rattaché l’anima à l’homme et l’animus à la femme ; la plupart des jungiens ultérieurs lisent l’anima comme l’âme et l’animus comme l’esprit, et les voient chez tout le monde. On les rencontre d’abord par la projection sur autrui.
Tu rencontres quelqu’un et, en quelques jours, cette personne te semble une évidence du destin. Ou l’inverse : quelqu’un que tu connais à peine te met hors de toi, et ta réaction dépasse de loin ce que cette personne a fait. Pour Carl Gustav Jung, dans les deux cas tu rencontres en partie toi-même : une figure intérieure que tu n’as pas encore reconnue, sous le visage de quelqu’un d’autre.
La plupart des explications s’arrêtent à la définition d’origine de Jung, vieille d’un siècle et liée à une vision du genre que peu de gens partagent aujourd’hui. Voici le tableau complet : ce que Jung a réellement écrit, comment son épouse, ses élèves et ses critiques ont fait évoluer l’idée, ce que disent aujourd’hui les jungiens et les chercheurs, et ce qui reste vraiment utile quand on regarde sa propre vie.
Qu’est-ce que l’anima et l’animus ?
Dans la psychologie de Carl Gustav Jung, l’anima et l’animus sont les figures intérieures de l’âme et de l’esprit. L’anima porte le sentiment, la proximité, les images et ce qui t’émeut ; l’animus porte la volonté, la conviction, le jugement et la direction. On les rencontre d’abord hors de soi, chez les personnes dont on tombe amoureux, qu’on idéalise ou qu’on ne supporte pas. Jung décrivait l’anima comme l’image féminine chez l’homme et l’animus comme l’image masculine chez la femme ; la plupart des jungiens d’aujourd’hui gardent son intuition et abandonnent la règle : chacun porte les deux.
- L’anima et l’animus de Jung sont des images intérieures de l’« autre » qui se montrent d’abord par projection : fascination soudaine, idéalisation ou irritation envers une personne réelle.
- Jung a décrit quatre visages de l’anima (Ève, Hélène, Marie, Sophia) ; Emma Jung et Marie-Louise von Franz ont décrit quatre visages de l’animus (puissance, acte, parole, sens). La plupart des jungiens les lisent aujourd’hui comme des mélanges, pas comme des paliers.
- Dans une étude zurichoise de 2003, 24 psychologues analytiques sur 28 rejetaient l’idée que l’animus appartienne seulement aux femmes. Les post-jungiens lisent le plus souvent les deux figures comme accessibles à tous.
- Il n’existe aucun test validé de l’anima ou de l’animus. L’idée sert surtout d’outil de réflexion : sur qui tu choisis, ce qui te déçoit et quelle voix parle quand tu doutes de toi.
Anima et animus, en bref
Anima signifie en latin âme ou souffle ; animus, esprit, intelligence ou courage. Jung a employé les deux mots pour désigner un couple de figures intérieures situées entre notre personnalité consciente et les couches plus profondes de la psyché, qu’il nommait l’inconscient collectif.
- L’anima, dans la formulation d’origine de Jung, est l’image féminine chez l’homme : la source de ses humeurs, de sa capacité de relation, de son sentiment de la vie et de ses intuitions sur le monde intérieur.
- L’animus est l’image masculine chez la femme : la source de ses convictions, de son élan pour agir et juger et, dans le meilleur des cas, de sa propre voix et de son sens.
- Ensemble, ils forment ce que Jung appelait la syzygie, le couple des opposés, titre du chapitre III d’Aïon, son texte principal sur le sujet.
Ce qui compte, avec ces deux figures, c’est qu’on les voit rarement de face : on les voit chez les autres. Le coup de foudre, le partenaire qui semble te compléter, le professeur dont chaque mot sonne comme une vérité, le collègue que tu détestes sans raison valable : c’est là que Jung cherchait l’anima et l’animus à l’œuvre.
Explorer l’anima et l’animus
Cette page est la vue d’ensemble. Chaque partie du sujet a sa propre page :
- L’anima : l’image de l’âme, ses quatre visages (Ève, Hélène, Marie, Sophia), les humeurs, les rêves et la façon d’entrer en relation avec elle.
- L’animus : l’esprit, les quatre visages d’Emma Jung (puissance, acte, parole, sens), le critique intérieur et une voix à toi.
- Différence entre anima et animus : les deux figures côte à côte.
- Exemples : comment les deux figures se montrent en amour, au travail, dans la voix intérieure, dans les rêves et dans les récits.
Différence entre anima et animus : côte à côte
Jung décrivait les deux figures comme des images en miroir. Voici comment elles se comparent dans son modèle d’origine, avant que les jungiens suivants ne desserrent le lien avec le genre.
| Anima | Animus | |
|---|---|---|
| Sens en latin | Âme, souffle | Esprit, intelligence, courage |
| Dans le modèle de Jung | L’image féminine chez l’homme | L’image masculine chez la femme |
| Principe | Éros : la relation, le sentiment de la vie | Logos : le jugement, le discernement, le sens |
| Premier porteur | Le plus souvent la mère | Le plus souvent le père |
| Apparaît souvent comme | Une seule femme : amante, muse, sirène, guide | Souvent plusieurs hommes : un conseil de juges, des hommes forts, des maîtres |
| Quand elle prend le dessus | Humeurs, susceptibilité, sentimentalité | Opinions figées, certitudes d’emprunt, critique intérieur |
| Au mieux | Chaleur, intuition, un pont vers le monde intérieur | Initiative, une voix à soi, un sens |
| Quatre stades | Ève, Hélène, Marie, Sophia | Puissance, acte, parole, sens |
La comparaison complète, avec la façon dont les deux figures travaillent ensemble, se trouve sur la page différence entre anima et animus.
Recherche Archemap : un siècle d’anima et d’animus
Ce dossier est une recherche propre à Archemap. Nous avons retrouvé les principaux passages de Jung sur l’anima et l’animus, avec leur volume et leur paragraphe dans les Collected Works, puis suivi l’idée à travers ceux qui l’ont développée et contestée : son épouse Emma Jung, ses collègues Toni Wolff et Marie-Louise von Franz, les post-jungiens des années 1980 et 1990, et les analystes et chercheurs qui écrivent aujourd’hui. Nous avons vérifié les dates, les titres et les études auprès des éditeurs, des revues et des catalogues de bibliothèques, et nous avons écarté ce que nous ne pouvions pas confirmer.
Ce que nous avons trouvé tient en trois temps. Jung nous a laissé une observation puissante, enveloppée dans les idées sur le genre de son époque. Ses héritiers lui ont donné du détail et une texture concrète. Et depuis quarante ans, le champ garde l’observation en retirant peu à peu l’emballage.
Les sections suivantes suivent cette histoire : d’abord Jung, puis les développements jungiens classiques, puis les révisions ultérieures, puis ce que la recherche peut et ne peut pas dire. Ensuite nous passons à ce que cela signifie pour toi.
Au départ : ce que Jung a réellement dit
Jung a élaboré l’idée sur plusieurs décennies, et elle est dispersée dans de nombreux volumes de son œuvre. Quatre points portent l’essentiel.
1. La figure intérieure se rencontre d’abord par projection
Dans Aïon (Collected Works, vol. 9/2), Jung décrit l’anima comme le facteur qui fabrique les projections. Tant que la figure intérieure reste inconsciente, elle ne reste pas à l’intérieur. Elle est jetée sur une personne réelle, qui paraît alors porter une fascination, un pouvoir ou un danger qui ne lui appartiennent pas tout à fait. Tomber amoureux, dans cette vision, c’est en partie tomber amoureux d’une image qu’on porte déjà.
2. Elle équilibre le visage que tu montres au monde
Dans Dialectique du moi et de l’inconscient (vol. 7), Jung associe l’anima à la persona, le masque social. Plus le masque est rigide et parfait, plus la figure intérieure travaille contre lui en privé. Son exemple classique est celui de l’homme décidé et fort en public, qui chez lui est gouverné par des humeurs qu’il ne s’explique pas.
3. Humeurs et opinions
Quand la figure intérieure prend le contrôle au lieu d’entrer en relation avec elle, Jung parlait de possession. Dans sa description, l’anima se montre par des humeurs : susceptibilité, rancœur, sentimentalité soudaine. L’animus se montre par des opinions : des certitudes d’emprunt, des règles posées comme par un conseil invisible, des arguments qu’aucune preuve ne déplace. Il la décrivait chez les hommes pour l’anima, chez les femmes pour l’animus. Aujourd’hui, cela se lit plus utilement comme deux façons dont n’importe qui peut être pris : par le sentiment, ou par la conviction.
4. D’abord l’ombre, ensuite le partenaire intérieur
Dans le vol. 9/1, Jung présente la rencontre avec l’ombre comme l’épreuve de l’apprenti du développement psychologique, et l’explication avec l’anima comme son chef-d’œuvre. L’ordre compte, et Aïon le suit chapitre après chapitre : moi, ombre, syzygie, Soi. Tu affrontes d’abord ce que tu rejettes en toi ; ce n’est qu’ensuite que tu peux reconnaître comme tien ce que tu désires chez les autres.
Jung ne se contentait pas de théoriser. Dans son séminaire de 1925, donné en anglais, il a enseigné l’anima et l’animus à travers des romans populaires : She de Rider Haggard, dont la reine immortelle Ayesha était un portrait de l’anima auquel il revenait souvent, L’Atlantide de Pierre Benoît et, pour l’animus, The Evil Vineyard de Marie Hay. Pour Jung, ces romans montraient que les écrivains dessinaient ces figures bien avant que la psychologie ne leur donne un nom.
Les quatre stades de l’anima : Ève, Hélène, Marie, Sophia
Dans « La psychologie du transfert » (1946, Collected Works vol. 16, § 361), Jung décrit quatre stades de l’éros, chacun avec une image empruntée au mythe et au Faust de Goethe. C’est la partie la plus connue de la théorie, et aussi la plus souvent mal utilisée.
| Visage | Ce que Jung entendait | À quoi cela peut ressembler en amour aujourd’hui | Le don à faire grandir en toi |
|---|---|---|---|
| Ève | L’instinct, le corps, la nourriture ; la femme comme mère et foyer | Tu veux qu’on prenne soin de toi ; la chaleur et la proximité physique comptent plus que tout ce qui se dit | Prendre soin de ton propre corps et savoir t’apaiser |
| Hélène | L’éros romantique et esthétique ; la femme valorisée comme individu, encore surtout à travers le désir | Tu tombes pour la personne marquante, douée, admirée, et tu perds ton intérêt quand elle se révèle ordinaire | Ton propre sens du beau, du charme et du feu créateur |
| Marie | L’éros élevé jusqu’à la dévotion et à l’amour spirituel | Tu idéalises un partenaire comme pur et bon, et le moindre défaut te secoue | La dévotion, la tendresse, le sentiment moral |
| Sophia | La sagesse ; Jung dit qu’elle dépasse même Marie, comme une Hélène spiritualisée | Tu veux un partenaire qui soit aussi un guide et un interlocuteur, une muse plutôt qu’un rôle | L’intuition, la guidance intérieure, le sens |
Deux précautions s’imposent. D’abord, ce ne sont pas des notes. Jung les présentait comme des stades d’un culte d’Éros, mais ils ne forment pas une échelle pour classer les gens, et presque tout le monde reconnaît plus d’un visage. Ensuite, le texte anglais que tout le monde cite est lui-même remis en question : en 2024, le Journal of Analytical Psychology a publié une nouvelle traduction du passage par Wes Wallace, qui soutient que la version anglaise standard brouille le sens de Jung ; dans une suite parue en 2026, il fait remonter les quatre images au Faust de Goethe, à des textes gnostiques et à la Bible. Si quelqu’un te dit en ligne que ton anima « en est restée au stade d’Ève », il s’appuie sur une phrase que les spécialistes sont encore en train de retraduire.
Chaque visage, avec son don et sa forme sombre, est décrit en détail sur la page consacrée à l’anima.
Les quatre stades de l’animus : puissance, acte, parole, sens
Jung n’a jamais donné de séquence propre à l’animus. La plus connue vient d’Emma Jung, son épouse et analyste à part entière. Dans une conférence donnée à Zurich en 1931 et publiée en 1934, elle a emprunté une scène du Faust de Goethe : Faust, penché sur l’Évangile de Jean, « Au commencement était le Verbe », ne parvient pas à décider comment rendre le grec logos. Il essaie Parole, puis Sens, puis Force, et écrit finalement Acte. Emma Jung a lu ces quatre tentatives comme quatre formes que peut prendre le masculin intérieur.
Marie-Louise von Franz, la collaboratrice la plus proche de Jung dans ses dernières années, les a présentées comme des stades dans L’Homme et ses symboles (1964) : d’abord la puissance physique, puis l’initiative et l’action planifiée, puis la parole, puis le sens.
| Visage | L’image | À quoi cela peut ressembler en amour aujourd’hui | Le don à faire grandir en toi |
|---|---|---|---|
| Puissance | La force physique ; le protecteur | Tu te sens en sécurité auprès de la personne forte et tu acceptes peut-être la domination comme prix à payer | L’assurance physique et la capacité de tenir tes limites |
| Acte | L’initiative, l’aventure, l’homme d’action | Ce sont ceux qui avancent, les courageux, ceux qui ont un plan qui t’attirent, et la douceur t’ennuie | Ta propre initiative, ta volonté, tes objectifs |
| Parole | L’orateur, le professeur, le juge ou le prêtre | Tu tombes pour la personne qui explique le monde, et tu t’en remets à sa certitude | Ta propre voix et tes propres opinions, dites et écrites |
| Sens | Le guide spirituel ; un médiateur du sens | Tu cherches quelqu’un qui a une vocation, au risque de faire d’un partenaire un gourou | Ton propre sens de la direction et ton autorité intérieure |
Comme pour l’anima, les commentateurs ultérieurs insistent : ce sont des qualités dominantes, pas des barreaux d’échelle. La plupart de ceux qui reconnaissent l’animus en eux y reconnaissent un mélange.
Plus de détails sur chaque visage, et sur la voix de l’animus, sur la page consacrée à l’animus.
Comment l’idée a changé : les jungiens classiques et les post-jungiens
Voici l’évolution de l’idée après Jung, dans l’ordre où elle s’est produite. Chaque carte donne le nom de l’auteur, l’essentiel de son apport et ce que cela peut signifier quand tu regardes ta propre vie.
- 1931 / 1934 · 1955Emma Jung
Outre les quatre visages, elle a remarqué que l’animus apparaît le plus souvent non comme une image mais comme une voix : des jugements tout faits, des règles et des « tout le monde sait que », et, au pire, un critique intérieur qui ne s’arrête jamais. Elle a aussi vu dans le « problème de l’animus » une part de culture : les femmes de son temps avaient peu de place pour leur propre pensée et leur autorité, si bien que cette énergie était projetée sur les pères, les professeurs et les maris. Selon elle, la tâche n’était pas de se débarrasser de l’animus mais de lui donner un vrai travail.
Son essai ultérieur sur l’anima (1955) la lisait comme un être de nature, à demi humain, rencontré dans le folklore sous la forme d’esprits des eaux et de femmes-cygnes, qu’il faut faire entrer en relation humaine plutôt que combattre.
Pour toi : remarque quelle voix prend ton doute.
- 1951 / anglais 1956Toni Wolff
La collaboratrice de longue date de Jung a cartographié quatre formes du féminin sur deux axes : la Mère et l’Hétaïre (la compagne, l’amante, celle qui voit l’individu) sur l’axe personnel, l’Amazone (indépendante, accomplie) et la Femme médiale (intuitive, canal vers l’inconscient) sur l’axe impersonnel. Chacune a un côté lumineux et un côté sombre. Ce n’est pas à proprement parler un schéma de l’anima, mais on l’utilise souvent en parallèle des schémas de l’anima.
Pour toi : un vocabulaire pour les formes de proximité et d’indépendance qui t’attirent.
- séminaire de 1953 · 1964Marie-Louise von Franz
Elle a décrit avec force les images plus sombres : la sirène et la princesse qui impose des épreuves impossibles du côté de l’anima ; Barbe-Bleue, assassin du sentiment et de la relation, du côté de l’animus. L’Animus et l’Anima dans les contes de fées, issu de notes d’un séminaire de 1953, rassemble ses lectures du sujet dans les contes populaires.
Pour toi : le fantasme qui remplace une vraie relation, ou la voix froide qui te coupe de la vie, sont des schémas, pas des verdicts.
- 1983Robert A. Johnson
Dans We, lu à travers la légende de Tristan et Iseut, il soutenait que l’Occident a déplacé son aspiration religieuse dans l’amour romantique. Être « amoureux », c’est projeter l’âme sur une personne ; aimer une personne, c’est entrer en relation avec un être humain réel. Comme personne ne peut tenir longtemps le rôle d’un dieu, la déception est inscrite d’avance, à moins que l’âme ne trouve d’autres exutoires.
Pour toi : la fin de la lune de miel est une information, pas la preuve que tu as mal choisi.
- 1984 · anglais 1986Verena Kast
Dans Paare (en anglais, The Nature of Loving), l’analyste zurichoise soutenait qu’en amour on ne projette pas une figure mais un couple, une paire mythique que deux partenaires jouent ensemble sans le savoir. Les crises arrivent quand l’histoire commune s’épuise.
Pour toi : demande-toi quelle histoire tu rejoues sans cesse, et pas seulement quelle personne tu choisis sans cesse.
- 1985James Hillman
Dans Anima: An Anatomy of a Personified Notion, le fondateur de la psychologie archétypale a placé les passages de Jung sur l’anima à côté de son propre commentaire et a libéré l’anima du genre. Pour Hillman, l’anima est l’archétype de l’âme elle-même, ce qui donne à l’expérience sa profondeur et ses images ; les femmes l’ont donc aussi. Il a aussi desserré l’appariement fixe avec l’animus.
Pour toi : l’anima n’est pas ton « côté féminin » ; c’est la façon dont ton âme se montre et ce qui t’émeut.
- 1984 à 1997Polly Young-Eisendrath
Dans Hags and Heroes, Female Authority (avec Florence Wiedemann) et Gender and Desire, elle a relu l’animus comme l’autorité et la capacité d’agir propres à une femme, coupées d’elle sous la pression de la culture, plutôt que comme un déficit « masculin » inscrit d’avance, et elle a soutenu que ces figures reflètent plus le genre culturel que la biologie.
Pour toi : les qualités que tu admires chez les autres sont peut-être celles dont on t’a dit qu’elles n’étaient pas pour toi.
- 1985 à 1989Andrew Samuels
Dans Jung and the Post-Jungians et The Plural Psyche, il a cartographié les écoles nées de Jung et plaidé pour une vision pluraliste du genre, attentive à la culture, qui remet en cause le fait de traiter le féminin et le masculin comme des principes fixes.
Pour toi : ta troupe intérieure est plus large qu’un seul « opposé ».
- 1994Ann et Barry Ulanov
Dans Transforming Sexuality, ils ont décrit l’anima et l’animus comme des ponts entre le moi et le Soi, les ont suivis à travers des cas cliniques et la littérature, de Dante à Pasternak, et ont écrit sur la façon dont ces figures sont blessées, par les parents entre autres, et sur la façon dont elles guérissent.
Pour toi : une figure intérieure « négative » peut se lire comme une blessure qui peut se refermer.
Anima et animus aujourd’hui : ce que disent les jungiens contemporains
Depuis la fin des années 1990, la conversation a pris deux directions principales : un enseignement plus clair et de nouvelles lectures des textes mêmes de Jung.
- 1998Murray Stein
Dans Jung’s Map of the Soul, une introduction très utilisée, l’analyste consacre à l’anima et à l’animus un chapitre à part, comme la voie vers l’intériorité profonde, après la persona et l’ombre.
- 2002Susan Rowland
Jung: A Feminist Revision a lu Jung à la lumière de la théorie féministe et remis en question la tradition d’un « principe féminin » fixe, travail préparatoire à ses écrits ultérieurs sur l’anima et l’animus.
- 2006Verena Kast, à nouveau
Elle a écrit l’entrée « Anima/Animus » du Handbook of Jungian Psychology de Routledge (dirigé par Renos Papadopoulos), le manuel le plus cité pour l’idée que femmes et hommes peuvent porter les deux figures.
- années 1980 · 2016John Beebe
Dans son modèle à huit fonctions du type psychologique, exposé dans Energies and Patterns in Psychological Type, Beebe associe l’anima ou l’animus à la fonction inférieure, la partie la moins développée de la personnalité et le pont vers l’inconscient. On la rencontre souvent d’abord dans les relations intimes.
- 2024 · 2026Wes Wallace
Dans une étude en deux parties du Journal of Analytical Psychology, il a retraduit le passage de Jung sur Ève, Hélène, Marie et Sophia (2024) et fait remonter les quatre images à leurs sources (2026).
Des auteurs récents, dont Janice Hila (2022) et Sulagna Sengupta (2023), soulignent aussi à quel point les rôles de genre ont changé depuis l’époque de Jung, et lisent l’anima et l’animus à la lumière de ce changement.
Peu d’auteurs jungiens contemporains défendent la règle stricte « l’anima chez l’homme, l’animus chez la femme ». Ce qui survit, et continue d’être affiné, c’est l’observation qui la sous-tend : nous portons des images d’un autre intérieur, nous les rencontrons chez les personnes que nous aimons et combattons, et nous pouvons apprendre à les reprendre.
Tout cela est-il scientifique ?
L’anima et l’animus sont des concepts cliniques et culturels, pas des traits mesurés. Mais ils ne sont pas hors de portée de l’étude, et deux recherches méritent d’être connues.
- Ce que pensent réellement les analystes (2003). Ellen Heinke et Damian Läge, de l’Université de Zurich, ont interrogé 28 psychologues analytiques. 24 sur 28 ont rejeté l’idée que l’animus soit propre aux femmes, tout en voyant des différences dans la façon dont il tend à se montrer. Chez ces analystes au moins, la règle classique du genre n’était plus un consensus.
- Ce que montrent les rêves (2023). Une équipe dirigée par Saiz a analysé 141 rêves de neuf personnes en thérapie jungienne dont le matériel tournait autour du couple. Elle a trouvé des raisons de réviser le modèle classique et d’examiner de plus près les figures androgynes.
Deux choses manquent. Il n’existe aucune échelle psychométrique validée de l’anima ou de l’animus en usage aujourd’hui ; les quiz de personnalité en ligne, le nôtre compris, sont des outils de réflexion, pas de diagnostic. Et les neurosciences n’ont pas confirmé l’anima. Il existe des études sur les différences de sexe dans les réseaux cérébraux, mais elles ne disent rien des figures intérieures de Jung, et les pages qui les citent comme preuve forcent le trait.
Pourquoi tu retombes toujours sur le même type de personne
Si la figure intérieure se rencontre par projection, un « type » qui se répète en est la trace la plus visible.
Les signes qui indiquent une projection sont reconnaissables : un sentiment de destin (« comme si je l’avais toujours connu »), une attirance pour quelqu’un qui porte exactement la qualité qui te manque, une intensité qui devance ce que tu sais réellement de la personne. L’engouement et la limerence donnent l’impression de découvrir quelqu’un. Souvent, c’est plus proche de la reconnaissance d’une image.
Puis la réalité arrive. Pour Robert Johnson, aucun partenaire ne peut longtemps porter l’aspiration de l’âme, si bien que la chute est inscrite d’avance. La personne que tu as épousée se révèle être une personne.
C’est ce qui rend la déception plus révélatrice que l’attirance. Quand tu décris ce qui t’attirait chez quelqu’un, tu décris une image flatteuse. Quand tu décris ce qui te décevait au bout de trois mois, tu décris l’idéal que tu projetais. Si la déception est toujours la même (« la personne s’est révélée ordinaire », « elle a cessé d’être forte », « elle n’était pas aussi sage que je le pensais »), tu as devant toi l’un des quatre visages ci-dessus.
La question n’est pas « pourquoi est-ce que je choisis toujours les mauvaises personnes ? » mais « qu’est-ce que je leur demande de porter à ma place ? »
D’autres scènes du quotidien, des premiers rendez-vous au chef qui semble infaillible, sont réunies dans exemples d’anima et d’animus.
Possession par l’anima et par l’animus : humeurs et opinions
Le mot de Jung pour l’état où l’on est pris par la figure intérieure était possession. En droit, l’animus possidendi désigne l’intention de posséder ; la possession de Jung est quelque chose de bien plus ordinaire.
- La possession par l’anima ressemble à une inondation d’humeur : susceptibilité, bouderie, sentimentalité, conviction que plus rien n’a de sens. Ce n’est pas toi qui as le sentiment ; c’est lui qui t’a.
- La possession par l’animus ressemble à une inondation de conviction : une certitude sans réflexion, « il faut », « tout le monde sait », et des arguments qu’aucun fait n’atteint. Tournée vers l’intérieur, elle devient le critique : tu n’y arriveras pas, pour qui tu te prends, sois réaliste.
La distinction d’Emma Jung est utile ici : une opinion est un jugement tout fait ramassé quelque part ; un jugement est un jugement que tu as réellement formé. Quand la voix dans ta tête sonne comme empruntée, collective et absolue, elle n’est probablement pas la tienne.
Les personnes prises par l’une ou l’autre s’en aperçoivent rarement sur le moment. Les autres, si. Si tes proches disent que tu « te fermes », que tu « t’emportes » ou que tu « fais la leçon », c’est souvent le signe le plus fiable. Ce sont des schémas du quotidien, pas des diagnostics. Si les humeurs ou une voix intérieure dure sont constantes, t’empêchent de fonctionner ou s’accompagnent de pensées de te faire du mal, parle à un professionnel de la santé mentale ; cette page n’en tient pas lieu.
L’anima et l’animus dans les rêves
Les rêves sont l’endroit où Jung et ses élèves ont le plus souvent cherché ces figures, car elles y apparaissent sans personne réelle derrière laquelle se cacher.
- L’anima tend à apparaître comme une femme inconnue ou à demi connue : une séductrice, une sœur, une étrangère qui montre le chemin, une déesse ou une figure venue des profondeurs. La façon dont elle traite la personne qui rêve reflète souvent son rapport à sa propre vie affective.
- L’animus apparaît souvent dans la séquence décrite par von Franz : l’athlète ou l’homme fort, l’aventurier, le professeur, le juge ou le prédicateur, et enfin le guide. Un groupe d’hommes sévères, un tribunal ou un jury est une image classique de l’animus, surtout quand la personne se sent jugée dans le rêve.
L’étude de rêves de 2023 mentionnée plus haut a constaté que ces figures ne respectent pas toujours les frontières de genre de Jung : certains rêveurs ont rencontré des figures androgynes dans le même rôle. Si une figure de tes rêves revient avec le même sentiment, il vaut la peine de noter ce qu’elle dit et ce qu’elle fait.
Monstres et dieux : la face sombre de chaque stade
Les contes montrent rarement le partenaire intérieur comme un étranger agréable. Ils montrent une bête dans le château, un mari que personne n’a le droit de voir, une belle femme qui noie les marins, un seigneur dont une pièce reste fermée à clé. Les jungiens y lisent l’anima et l’animus vus du côté avec lequel nous ne sommes pas encore entrés en relation : pas le mal, mais l’indompté.
Le monstre dans le noir : Éros et Psyché
Dans le conte antique, Psyché est mariée à un époux qui ne vient que la nuit, et ses sœurs la persuadent que c’est un serpent monstrueux. Elle allume une lampe pour regarder, et voit le dieu de l’amour. Erich Neumann (Amor and Psyche, 1956) et plus tard Robert Johnson ont lu l’histoire comme la rencontre avec le masculin intérieur : effrayant tant qu’il reste dans l’obscurité, tout autre chose dès qu’on le regarde.
La femme des eaux : l’anima d’Emma Jung
Dans son essai sur l’anima (1955), Emma Jung a lu la figure à travers le folklore : esprits des eaux, femmes-cygnes, Mélusine, femme le jour et serpent dans son bain. Pour elle, l’anima est un être de nature, à demi humain. La tâche n’est ni de la combattre ni de l’exploiter, mais de la faire entrer, lentement, dans la relation humaine.
Barbe-Bleue et la sirène
Marie-Louise von Franz a donné les versions les plus sombres. La sirène et la Lorelei détournent un homme de sa vie vers le fantasme ; Barbe-Bleue, le seigneur qui tue ses épouses, est l’animus comme meurtrier du sentiment et de la relation, une figure dont, dans sa lecture, la seule protection est de la reconnaître et de s’enfuir.
La face sombre de chaque stade
Chaque stade a son propre monstre : la forme qu’il prend quand il te mène au lieu que tu entres en relation avec lui. Le tableau ci-dessous est notre synthèse de Jung, d’Emma Jung, de Toni Wolff et de von Franz, pas une liste que l’un d’eux aurait dressée sous cette forme.
| Stade | Au mieux | Quand il devient monstrueux |
|---|---|---|
| Ève | Chaleur, soin, le corps | La mère dévorante : une proximité étouffante, la dépendance, l’incapacité de fonctionner sans qu’on s’occupe de toi |
| Hélène | Beauté, inspiration, désir | La sirène : une fascination qui t’arrache à ta propre vie ; la course sans fin au prochain visage marquant |
| Marie | Dévotion, tendresse | La sainte intouchable : couper les gens entre purs et déchus ; un amour qui ne survit pas à un seul défaut |
| Sophia | Sagesse, guidance intérieure | L’oracle qu’on ne peut pas questionner : une guidance intérieure durcie en certitude qui flotte au-dessus de la vie réelle |
| Puissance | Protection, limites fermes | La brute : la domination acceptée comme prix de la sécurité |
| Acte | Initiative, courage | Le bandit : une action agitée, imprudente, qui laisse derrière elle les personnes et les sentiments |
| Parole | Une voix à toi | Le juge : le critique intérieur et un conseil d’opinions empruntées |
| Sens | Une direction, une vocation | Barbe-Bleue : un « sens supérieur » qui te coupe de la vie et de l’amour ; le gourou qu’il ne faut jamais mettre en doute |
Les contes s’accordent le plus souvent sur ce qui aide, et ce n’est ni de tuer le monstre ni de le fuir. La Belle reste dans le château de la Bête ; Psyché allume la lampe. Dans le travail jungien, le même geste s’appelle entrer en relation avec la figure : tu te tournes vers elle, tu la regardes et tu la laisses parler, et ce qui semblait monstrueux change souvent de forme. Les ombres qu’Archemap décrit fonctionnent de la même manière : chaque archétype a un double plus sombre qui prend le dessus sous la pression et perd son emprise une fois qu’il est vu.
Le couple que tu rejoues sans cesse
L’apport de Verena Kast change la question de façon utile. Selon elle, ce qui est projeté en amour n’est souvent pas une figure unique mais une paire, une histoire à deux dans laquelle les partenaires entrent sans s’en apercevoir. Quand cette histoire s’épuise, la relation entre en crise, même si rien n’a « mal tourné ».
Kast tirait ses paires du mythe : Pygmalion et sa statue, Merlin et Viviane, Shiva et Shakti. Les versions du quotidien pourraient ressembler à ceci :
- Celui qui sauve et celui qui est sauvé. L’un sauve, l’autre est sauvé, jusqu’au jour où celui qui était sauvé va mieux.
- La muse et l’artiste. L’une inspire, l’autre crée, jusqu’à ce que la muse veuille sa propre vie.
- Les âmes sœurs. Une compréhension parfaite sans mots, jusqu’à ce que la différence apparaisse.
- Celui qui enseigne et celui qui apprend. L’un sait, l’autre apprend, jusqu’à ce que l’élève rattrape son retard.
- Deux guerriers. Côte à côte contre le monde, et perdus quand il n’y a plus d’ennemi.
Si tu retrouves la même histoire avec des partenaires différents, l’histoire est probablement la tienne.
Une femme peut-elle avoir une anima ? Un homme, un animus ?
Dans le modèle d’origine de Jung, non : l’anima appartenait aux hommes et l’animus aux femmes. Dans la plupart des travaux jungiens ultérieurs, oui, et l’argument le plus fort vient du mot lui-même.
Anima signifie âme. James Hillman l’a pris au pied de la lettre. Dans sa lecture, l’anima n’est pas « la femme intérieure d’un homme » mais l’archétype de l’âme comme telle : la part de toute psyché qui transforme les événements en expériences, qui rend la vie profonde, pleine d’images et personnelle plutôt que plate. Tout le monde a cette capacité, donc tout le monde a une anima. Dans le même esprit, il a lu l’animus comme l’esprit : l’élan vers le haut, vers le sens, la clarté et une voix à soi, tout aussi universel.
Les praticiens ont évolué dans la même direction. Dans les entretiens zurichois, 24 analystes sur 28 ont rejeté l’idée d’un animus réservé aux femmes, tout en constatant que les figures peuvent se montrer différemment d’une personne à l’autre.
La question utile n’est donc pas « laquelle ai-je ? » mais « comment mon âme se montre, comment mon esprit parle, et où je les retrouve sans cesse chez les autres ? »
Anima, animus et ombre
L’ombre et le partenaire intérieur se confondent facilement, parce que tous deux sont désavoués et projetés. La différence tient au sentiment qu’ils portent.
- L’ombre contient ce que tu rejettes en toi : la colère, l’envie, l’égoïsme. Elle apparaît le plus souvent chez les personnes qui t’irritent ou te dégoûtent.
- L’anima ou l’animus contient ce que tu désires et n’as jamais développé : la profondeur, la beauté, la force, l’autorité. Il se montre le plus souvent comme de la fascination, même s’il peut aussi s’embraser en une irritation démesurée envers un partenaire ou une figure d’autorité.
C’est pourquoi Jung mettait l’ombre en premier. Tant que tu ne peux pas reconnaître ce que tu rejettes, tu as tendance à couper les gens entre ceux qui portent ta part sombre et ceux qui portent ta lumière. L’intégration de l’ombre desserre cette coupure ; le travail avec l’anima et l’animus la prolonge.
Quelle est mon anima ou mon animus ? Quatre questions pour le savoir
Tu n’as pas besoin d’une étiquette pour commencer. Ces quatre questions font l’essentiel du travail, et elles sont plus honnêtes que de demander ce que tu trouves attirant.
- Au bout de trois mois, qu’est-ce qui te déçoit le plus souvent ? La déception répétée dessine le contour de l’idéal que tu as projeté.
- Qu’admires-tu chez les personnes qui t’attirent, alors qu’on t’a dit un jour que ce n’était pas pour toi ? Trop bruyant, trop doux, trop ambitieux, trop rêveur : c’est souvent la qualité qui attend de grandir.
- Quand tu doutes de toi, que dit la voix, et à qui est-elle ? Si elle ressemble à un parent, à un professeur ou à « tout le monde », elle est empruntée.
- Dans quelle histoire finis-tu toujours par te retrouver ? Sauveur, muse, élève, âme sœur : le couple que tu rejoues en dit autant que le partenaire que tu choisis.
La méthode de Jung allait plus loin : parler directement avec la figure intérieure, par l’imagination active (article en anglais) ou par l’écriture, et la laisser répondre. Même sans cela, le simple fait de remarquer le schéma le modifie. Une attirance que tu sais nommer est une attirance dont tu peux décider quoi faire.
Ce que nous retenons d’un siècle de débat
Après toutes les sources, cinq conclusions guident la façon dont nous utilisons l’idée chez Archemap.
- Chacun porte un autre intérieur. Pas une règle de genre, mais une image de ce que tu n’as pas encore vécu.
- Il se voit dans tes choix. Les personnes qui te fascinent, ce qui te déçoit et l’histoire que tu rejoues sont de meilleurs indices que n’importe quelle étiquette.
- Les visages sont un mélange, pas un niveau. Ève, Hélène, Marie, Sophia et puissance, acte, parole, sens décrivent des qualités. Personne n’est « resté bloqué au stade un ».
- La voix peut se reconnaître. Les opinions empruntées et le critique intérieur perdent une grande partie de leur pouvoir quand tu les entends comme des voix plutôt que comme des faits.
- Le but est de la faire grandir, pas de la trouver chez quelqu’un d’autre. Ce que tu demandes à un partenaire de porter est souvent ce que tu peux développer toi-même.
Le test Archemap repose sur le même principe. Il ne te classe pas selon ton genre ; il nomme ton archétype dominant et ton ombre, le schéma que tu vis et celui que tu repousses. Les connaître peut aider à repérer le troisième, le partenaire intérieur.
Critiques et limites
La théorie mérite ses critiques, et un bilan honnête les nomme.
- L’essentialisme de genre. Jung rattachait Éros (la relation) aux femmes et Logos (le jugement, le discernement) aux hommes. La plupart de ses successeurs y ont renoncé, et à raison.
- Difficile à tester. La projection est réelle et familière ; l’anima comme structure de la psyché est un modèle, pas un fait mesuré.
- Facile à détourner. Les tableaux de stades invitent à classer les gens, et la « possession » peut devenir une façon d’écarter les sentiments ou les opinions de quelqu’un. Bien utilisée, l’idée nourrit la curiosité envers toi-même, pas l’assurance sur les autres.
Sources et pour aller plus loin
- Jung, C. G. Aïon : études sur la phénoménologie du soi. Albin Michel. Collected Works, vol. 9/2, chap. III « La syzygie : anima et animus ». Le texte principal de Jung sur le couple. Le lien renvoie à l’édition anglaise.
- Jung, C. G. The Archetypes and the Collective Unconscious (Collected Works, vol. 9i). Contient « Concerning the Archetypes, with Special Reference to the Anima Concept ». Référence donnée d’après le volume anglais.
- Jung, C. G. Dialectique du moi et de l’inconscient. Gallimard, Folio essais (trad. R. Cahen). Collected Works, vol. 7, « Anima and Animus ». Projection, persona et figure intérieure.
- Jung, C. G. La Psychologie du transfert (1946). Albin Michel (trad. É. Perrot, 1980). Collected Works, vol. 16, § 361. Les quatre stades : Ève, Hélène, Marie, Sophia.
- Wallace, W. (2024). « Jung’s Erotic Phenomenology: I. A New Translation. » Journal of Analytical Psychology 69(1) : 27-50. Une retraduction du passage sur les quatre stades (en anglais).
- Wallace, W. (2026). « Jung’s Erotic Phenomenology: II. The Anima-Images. » Journal of Analytical Psychology 71(1) : 77-98. D’où viennent les quatre images de l’anima (en anglais).
- Jung, E. Animus et anima. La Fontaine de Pierre (trad. M. Bacchetta, 2017). En anglais : Animus and Anima: Two Essays, Analytical Psychology Club of New York, 1957 ; Spring Publications. L’essai sur l’animus est né d’une conférence de 1931, publiée en 1934.
- Wolff, T. Structural Forms of the Feminine Psyche (allemand 1951 ; anglais 1956). Mère, Hétaïre, Amazone, Femme médiale. Pas d’édition française vérifiée.
- von Franz, M.-L. « Le processus d’individuation », dans Jung (dir.), L’Homme et ses symboles. Robert Laffont (original anglais : Man and His Symbols, 1964). Les quatre stades de l’animus.
- Neumann, E. Amor and Psyche: The Psychic Development of the Feminine. Princeton University Press (Bollingen), 1956. Le mythe d’Éros et Psyché lu en psychologue (en anglais).
- Johnson, R. A. We: Understanding the Psychology of Romantic Love. Harper & Row, 1983. L’amour romantique comme projection de l’âme, à travers Tristan et Iseut (en anglais).
- Kast, V. Paare: Beziehungsphantasien oder Wie Götter sich in Menschen spiegeln. Kreuz, 1984 ; en anglais, The Nature of Loving: Patterns of Human Relationship, Chiron, 1986. Les couples comme paires mythiques. Aucune édition française vérifiée.
- Kast, V. « Anima/Animus », dans R. K. Papadopoulos (dir.), The Handbook of Jungian Psychology. Routledge, 2006. L’entrée de manuel la plus citée pour l’idée que femmes et hommes peuvent porter les deux figures (en anglais).
- Hillman, J. Anima: An Anatomy of a Personified Notion. Spring Publications, 1985. L’anima comme archétype de l’âme, et non du genre (en anglais).
- Ulanov, A. B. et Ulanov, B. Transforming Sexuality: The Archetypal World of Anima and Animus. Shambhala, 1994. Anima et animus comme ponts entre le moi et le Soi (en anglais).
- Young-Eisendrath, P. Gender and Desire: Uncursing Pandora. Texas A&M University Press, 1997. Chapitre en accès libre sur le genre et la contrasexualité (en anglais).
- Stein, M. Jung’s Map of the Soul. Open Court, 1998, chap. 6. Une introduction moderne de référence (en anglais).
- von Franz, M.-L. L’Animus et l’Anima dans les contes de fées. La Fontaine de Pierre (trad. F. Saint René Taillandier-Perrot). En anglais : Animus and Anima in Fairy Tales, Inner City Books, 2002. Issu de notes d’un séminaire de 1953.
- Samuels, A. Jung and the Post-Jungians (1985) et The Plural Psyche (Routledge, 1989). Les écoles venues après Jung et une vision pluraliste du genre (en anglais).
- Beebe, J. Energies and Patterns in Psychological Type. Routledge, 2016. Le modèle à huit fonctions du type psychologique (en anglais).
- Rowland, S. Jung: A Feminist Revision. Polity, 2002. Une lecture féministe de la théorie jungienne du genre (en anglais).
- Heinke, E. et Läge, D. (2003). « Zur Geschlechtsspezifität des Animus-Konzeptes. » Analytische Psychologie 34(1) : 47-69. Entretiens avec 28 psychologues analytiques (en allemand).
- Saiz et al. (2023). « The Syzygy, Reformulation and New Perspectives: Dreams, Anima-Animus and Gender. » Journal of Analytical Psychology 68(2) : 301-326. 141 rêves de 9 personnes en thérapie jungienne (en anglais).
- Hila, J. (2022). « In the Spirit of His Time. » International Journal of Jungian Studies 15(2) : 119-135. Évolution des rôles de genre et anima/animus (en anglais).
- Sengupta, S. Animus, Psyche and Culture: A Jungian Revision. Routledge, 2023. L’animus lu à travers la culture (en anglais).
- Fike, M. A. Four Novels in Jung’s 1925 Seminar. Routledge, 2020. Les romans dont Jung s’est servi pour enseigner l’anima et l’animus (en anglais).
- Lambert, A. et Ferns, G. (2024). « Into the depths of the feminine: A Jungian perspective on postfeminist working life. » Human Relations 77(10) : 1534-1562. Dans la lignée de Hillman : l’anima comme âme, l’animus comme esprit, chez tous (en anglais).
Vois le schéma que tu vis
Le test nomme ton archétype et ton ombre, les deux figures qui rendent ton partenaire intérieur plus facile à reconnaître.
Arrête de demander à quelqu’un d’autre de le porter
Nomme ton archétype et ton ombre, et vois quelle part de toi cherche à se retrouver chez les autres.